Et si l’émancipation des femmes tunisiennes était avant tout le fruit d’un long combat collectif, porté par des générations de militantes, bien avant les grandes réformes de 1956 ? C’est cette lecture renouvelée de l’histoire que propose Rym Lajmi dans son ouvrage Femmes de tous les combats dans la Tunisie du XXᵉ siècle, présenté et dédicacé le dimanche 25 octobre à la librairie Al Kitab, à Mutuelleville.
À travers cette publication, l’autrice invite à revisiter un pan essentiel de la mémoire nationale : celui des femmes qui, sur différents fronts et à différentes époques, ont contribué à transformer la société tunisienne, à défendre leurs droits et à faire progresser les idées de liberté, d’égalité et d’émancipation.

Une histoire de luttes, de convictions et d’engagements Loin de proposer une histoire uniforme du militantisme féminin, Rym Lajmi met en lumière la diversité des parcours, des convictions et des engagements qui ont marqué la Tunisie du XXᵉ siècle. Son ouvrage s’intéresse aux militantes tunisiennes de différentes confessions, mais aussi aux femmes résidentes d’origine italienne et française, dont les trajectoires participent à la richesse de cette histoire plurielle.
Militantisme politique, activisme social et engagement pour les droits des femmes composent ainsi une mosaïque de combats qui témoigne de la complexité des évolutions sociales et politiques du pays, durant les périodes coloniale et postcoloniale.
En faisant émerger ces profils parfois méconnus, l’autrice contribue à rendre leur place à des femmes dont les actions, les idées et les convictions ont participé à façonner la mémoire collective.
Le Code du statut personnel : l’aboutissement d’un long processus L’un des apports majeurs de cet ouvrage réside dans le regard qu’il porte sur le Code du statut personnel (CSP), promulgué le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance de la Tunisie.

Cette réforme historique, qui a notamment interdit la polygamie et instauré le divorce judiciaire, constitue un tournant majeur dans l’évolution des droits des femmes en Tunisie. Mais l’histoire de l’émancipation féminine ne saurait se résumer à une réforme juridique, aussi importante soit-elle.
Le livre de Rym Lajmi invite précisément à dépasser une lecture de l’histoire dans laquelle les droits auraient été essentiellement accordés par les institutions. Il défend l’idée que ces avancées s’inscrivent dans une dynamique plus profonde, nourrie par les mobilisations, les prises de parole et les engagements successifs des femmes elles-mêmes.
Autrement dit, derrière les textes de loi se dessine une histoire humaine faite de convictions, de résistances et de luttes, dont les effets se sont construits au fil des décennies.

Cette perspective permet de réinscrire le CSP dans un mouvement historique plus large et de reconnaître le rôle des femmes comme actrices de leur propre émancipation.
Un ouvrage au croisement de l’histoire et des études méditerranéennes Publié chez Santillana dans la collection « Tunisie plurielle », dirigée par l’historien Habib Kazdaghli, l’ouvrage s’inscrit dans une démarche académique attentive à la diversité des mémoires et des trajectoires qui composent l’histoire tunisienne.
Il est préfacé par Silvia Finzi, professeure de civilisation italienne à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, directrice de la section tunisienne de la Société Dante Alighieri et du bimensuel Il Corriere di Tunisi.

La postface est signée Laura Faranda, professeure d’anthropologie à l’Université La Sapienza de Rome, dont les travaux portent notamment sur l’histoire des femmes et les questions de genre en Méditerranée.
La présence de ces deux universitaires souligne la portée historique et interculturelle d’une publication qui éclaire les liens entre engagement féminin, transformations sociales et circulations des idées dans l’espace méditerranéen.
Maître-assistante à la section d’italien de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, Rym Lajmi a obtenu son habilitation à diriger les recherches (HDR) en 2026. Avec cet ouvrage, elle apporte une contribution à la connaissance d’une histoire où les voix des femmes méritent une place pleine et entière.

Faire vivre la mémoire pour éclairer le présent À travers Femmes de tous les combats dans la Tunisie du XXᵉ siècle, c’est finalement une autre manière de raconter l’histoire de la Tunisie qui se dessine : une histoire attentive aux femmes, à leurs engagements et à leur capacité à participer aux transformations de leur société.
La publication prend un relief particulier au regard de la Journée nationale de la femme tunisienne, célébrée chaque 13 août en référence à la promulgation du Code du statut personnel en 1956. Elle rappelle que les acquis juridiques, politiques et sociaux s’inscrivent dans une histoire longue, portée par des générations dont les combats ne doivent pas tomber dans l’oubli.
Car se souvenir de ces femmes, c’est aussi comprendre que les droits ne sont jamais dissociés des luttes qui les ont précédés. Et que l’histoire de l’émancipation féminine en Tunisie reste, avant tout, celle de femmes qui ont choisi d’être actrices de leur destin et de celui de leur pays.

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