Dans l’industrie pharmaceutique, la rigueur scientifique et réglementaire est incontournable. Mais elle ne suffit pas à elle seule. À travers son parcours et son expérience de terrain, Mme Nour Elmir, pharmacienne de formation, met en lumière un facteur souvent sous-estimé de la performance durable : les soft skills. Communication, écoute, leadership et intelligence émotionnelle apparaissent comme des leviers essentiels pour donner du sens aux procédures, fédérer les équipes et transformer l’exigence réglementaire en valeur partagée.
»Je suis pharmacienne de formation, animée par une curiosité naturelle. J’ai grandi dans un environnement stimulant : mon père, qui a combiné sociologie, finance et littérature pour faire carrière comme diplomate et professeur de finance, et ma mère, artiste de nature et professeure de gestion et d’économie de profession. Cette ouverture m’a donné très tôt l’envie d’explorer différents horizons. »
Après ma formation en pharmacie, j’ai élargi mes compétences avec une formation en affaires réglementaires, un stage bénévole dans une industrie pharmaceutique, puis un autre dans un laboratoire de cosmétologie. Pour approfondir encore mes connaissances, j’ai choisi de poursuivre un master en management de la santé et des produits pharmaceutiques, afin de renforcer à la fois mes compétences techniques et mes compétences transversales, notamment la communication, la gestion de projets et le leadership, indispensables dans le monde professionnel actuel.
Le choc entre la vie étudiante et la vie professionnelle Le plus grand choc a été de réaliser que la compétence scientifique, aussi solide soit-elle, ne suffit pas à elle seule. Apres mon parcours je ne m’attendais pas à cette révélation. À l’université, on apprend à maîtriser des connaissances.
1️⃣ Dans le monde professionnel, on apprend à travailler avec des personnes, dans des environnements complexes, avec des contraintes humaines, organisationnelles et émotionnelles. On comprend très vite que savoir expliquer, écouter, coopérer et s’adapter devient aussi important que savoir analyser ou contrôler les processus. C’est souvent là que se fait la vraie transition vers la maturité professionnelle.
2️⃣ La prise de conscience de l’importance des soft skills Cette prise de conscience s’est faite progressivement, au contact du terrain. J’ai vu des profils brillants sur le plan technique rencontrer des difficultés, et d’autres évoluer très rapidement grâce à leur capacité à communiquer, à fédérer et à gérer des situations complexes. À ce moment-là, on comprend que les soft skills ne sont pas secondaires. Elles structurent la manière dont on utilise nos compétences techniques et dont on crée de la valeur dans une organisation.
3️⃣ Donner du sens à la rigueur réglementaire Il va sans dire que Dans l’industrie pharmaceutique, la rigueur est non négociable. Mais elle peut être vécue comme une contrainte si elle n’est pas incarnée. Les soft skills permettent justement de rappeler que cette rigueur existe pour protéger le patient, garantir la qualité et sécuriser le travail de chacun. Quand on explique le “pourquoi” et qu’on crée un dialogue avec les équipes, la réglementation devient un cadre partagé, pas une obligation imposée.
4️⃣ Adapter la communication en formation BPF et PV Former, ce n’est pas réciter des exigences. C’est comprendre les réalités du terrain, identifier les freins, rassurer et accompagner le changement. J’adapte ma communication en fonction des profils, des expériences et des contextes. Lorsque les équipes comprennent le sens de ce qu’elles font et se sentent respectées dans leur expertise, l’adhésion devient naturelle. Le contenu de la formation reste le même pour tous, mais la manière de le présenter s’adapte selon les interlocuteurs. Les soft skills donnent vie aux procédures. ⸻
5️⃣ L’importance des soft skills dans la gestion des réclamations Une réclamation n’est jamais seulement un problème technique. Elle porte aussi des inquiétudes, des attentes, parfois de la frustration. L’écoute, le calme et la qualité du dialogue sont essentiels pour désamorcer les tensions et rétablir la confiance. Les soft skills permettent de sortir d’une logique défensive pour aller vers une logique d’amélioration continue, où chacun se sent impliqué plutôt que jugé.
6️⃣ “Les soft skills donnent vie aux procédures” Une procédure, seule, reste un document. Ce sont les soft skills qui lui donnent une réalité concrète : expliquer, accompagner, ajuster, responsabiliser. Elles permettent de faire le lien entre le texte et la pratique, entre l’exigence réglementaire et le quotidien des équipes. Sans cette dimension humaine, même les meilleures procédures restent inefficaces.
7️⃣ Travailler en transversal et éviter les silos Le travail en transversal repose avant tout sur la communication, l’écoute et le respect mutuel. Chaque métier a ses contraintes, ses priorités et son langage. Les soft skills permettent de créer des ponts entre ces univers et d’aligner les équipes autour d’un objectif commun. C’est particulièrement vrai dans le management de la santé, où plusieurs départements indépendants sont impliqués et où aucun silo ne peut fonctionner seul.
8️⃣ Ce qui fait réellement la différence dans une carrière À compétences techniques équivalentes, ce qui fait la différence, c’est la capacité à donner du sens, à gérer des situations complexes, à inspirer confiance et à rester aligné avec ses valeurs. Les soft skills permettent de transformer une compétence individuelle en impact collectif durable.
9️⃣ Le rôle des formations universitaires aujourd’hui
Les universités ont beaucoup évolué. De mon temps mais aussi aujourd’hui on voit une vraie prise de conscience de l’importance des compétences transversales, à travers des modules de communication, de développement personnel, d’employabilité et d’accompagnement à l’insertion professionnelle.
En Tunisie, cette évolution est visible notamment à travers des dispositifs comme les centres 4C, Ils développent à la fois les hard skills, c’est-à-dire les compétences techniques et spécifiques à chaque domaine, et les soft skills, comme la communication, le travail en équipe ou la pensée critique, indispensables pour réussir dans un environnement professionnel moderne. C’est un pas très important.
🔟 Le conseil aux étudiants Je dirais aux étudiants de ne pas opposer excellence académique et développement personnel. Les diplômes ouvrent des portes, certes mais ce sont les soft skills qui permettent de s’intégrer, d’évoluer et de durer. Investir dans sa communication, sa capacité d’adaptation, son intelligence émotionnelle, c’est investir dans sa carrière à long terme. D’après mon expérience personnelle dans l’industrie pharmaceutique, je peux vous dire que la rigueur est indispensable, mais que c’est surtout l’humain qui fait la qualité et la différence.”
En définitive, l’expérience de Mme Nour Elmir rappelle que l’excellence dans l’industrie pharmaceutique ne repose pas uniquement sur la maîtrise des normes, des procédures et des savoirs scientifiques. Elle se construit aussi — et surtout — dans la capacité à communiquer, à écouter, à fédérer et à donner du sens à l’action collective. Les soft skills ne sont pas un complément, mais un véritable catalyseur de performance, de qualité et de confiance. Dans un environnement où la rigueur est non négociable, c’est l’humain qui fait la différence durable.








